MARGUERITE

 

Je voudrais cueillir une fleur pour arracher ses  pétales et les jeter à terre.

Je voudrais m’égarer dans le jaune sublime et modeste sans corolle et répéter la cruelle ritournelle: il m’aime..

-         un peu ( j’étais très jeune, il était mon prince et mon seigneur. Je l’aimais d’un amour naïf et inébranlable comme celui de l’enfant envers ses parents. Mon amour était constant et aveugle: j’étais le chien de mon maître. Je le regardais tout le temps en m’enivrant de son image. J’ai gravé dans la mémoire son sourire ironique et un peu moqueur, sa manière de hausser les épaules comme pour se  dégager de tous soucis, son regard fugace et indifférent qui glissait sur tous les objets et les personnes.. même sur moi. Mais mon amour était si fort qu ‘il suffisait pour tous les deux. Il a commencé à m’aimer ou, peut-être, à aimer en moi son image.).

-         beaucoup ( j’ étais nécessaire à sa vanité et à son égocentrisme. Il avait besoin de se sentir admiré et adoré. Mon unique désir était de lui être indispensable , aussi nous vivions en symbiose en jouissant des avantages de notre vie en commun. Je lui répétais continûment que je l’ aimais. Il me répondait toujours de manière évasive mais je saisissais en ses mots de la tendresse et de l’affection. Je fermais les yeux et je me faisais bercer par le ton chaud et caressant de sa voix, en me plongeant dans l’illusion de ses promesses.).

-         passionnément ( la chaleur de ses embrassades effaçait tous mes doutes : même si ses mots avaient pu me mentir, ses gestes attentionnés n’auraient pas pu me trahir. Le voisinage de sa peau veloutée et le contact avec sa bouche  charnue me faisaient éprouver une nouvelle sensation de sûreté et de confiance. J’étais finalement heureuse et j’aurais voulu arrêter le cours du temps et emprisonner les instants de  bonheur pour l’éternité) .

-         à la folie ( mais les jours passaient et son amour se transformait en passion morbide. Sa jalousie et sa possessivité  m’empêchaient de vivre. Il cherchait à m’attraper dans la toile d’araignée de son monde malade. Je me soumettais à son jeu pervers parce que j’avais peur de rester seule. J’étais trop faible pour me rebeller et j’ essayais de tenir ensemble les fragments d’une histoire  d’amour tombée en morceaux. Si j’avais eu le courage de le quitter,  aujourd’hui j’ aurais été une femme différente et non une marionnette aux fils  brisés.).

-         pas du tout ( il m’a quittée mais je ne suis pas libre. La conscience de ma faiblesse me lie encore à lui. En m’abandonnant, il m’a privée de la dignité qui me restait et il m’a condamnée à un éternel  sentiment d’impuissance. Je pensais que l’amour avait l’ odeur  intense et  enveloppante d’une rose. Maintenant je voudrais seulement réussir à respirer l’odeur douce et légère  d’une marguerite.).

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