Sentiments des terres lointaines
La maison, de pierres blanches, portait un toit d’ardoise. La porte de chêne clair aux panneaux sculptés, était au sommet d’un petit perron. Elle se trouvait sur une petite colline entourée d’ arbustes de genévrier, de chênes verts et d’ oliviers. Ils paraissaient accrochés à ce coteau depuis des siècles, prêts à affronter le fort vent de Bora, qui soufflait la petite crique sur laquelle cette petite construction d’autrefois se reflétait.
Chaque pierre de la petite rue qui montait le coteau face à la mer, était riche d’histoire de cette terre, qui était maudite pour beaucoup de gens. Cette terre était comme un petit rubis enchassé dans un collier précieux bien enraciné dans le coeur des personnes qui en ont souffert la distance trop longtemps. La mer et le ciel sont un unique coup de pinceau qui met en évidence la dure pierre istrienne, d’un blanc merveilleux, même si malléable sous l’habileté des hommes qui la travaillent comme le bois. Voilà ou s’était retiré Monsieur Toneau, après une vie en mer de laquelle il n’avait pas voulu se séparer même après la mort de sa femme. Ce retrait parlait de leur vie ensemble, des leurs souffrances mais aussi des leurs immenses joies.
Le souvenir était continu, comme le toit d’ardoise, qui compose la couverture de cette humble résidence. M. Toneau s’était embarqué à La Spezia pendant un de ses voyages comme officiel, sa femme au contraire élevait leurs deux fils qui étaient encore en bas âge, tout pour souligner la force et la ténacité des gens nés d’ ici.
La porte et les volets de chêne massif, et même les poutres, qui presque comme une dentelle du toit offraient refuge aux oiseaux au printemps, étaient un cadeau de mariage du grand-père paternel, qui était un maître d’hache et qui avait beaucoup aimé, surtout pour son caractère, et qu’ il l’avait élevé dans son bas âge.
Sur la porte il y avait des nasses, des cages pour la pêche, et une couple de rames sur l’appentis où les filets étaient étendus, prêts pour la reprise. Les mouettes volaient haut, prêts à former des cercles autour des bateaux de pêcheurs. Ils donnaient quelques petits poissons aux oiseaux qui les accueillaient dans la rue du retour.
Les parfums et les odeurs intenses des essences boisées et la fragrance de la mer se mélangeaient au parfum de la cuisine frugale du vieux M. Tonaeu, en presque rendrant palpable une profonde culture seulement en reniflant la vive concoction.
Cette culture vient de loin, est un ensemble de personnes laborieuses qui se sont installés dans cette terre rouge qui a toujours bercé ses peuples dans le creuset de la sévérité et de l’ obéissance : des ingrédients indispensables pour affronter la vie dans cette région de frontière qui aujourd’hui appartient à un pays, hier était d’autres. La dernière image est celle des vagues qui se brisent sur la falaise tendue. L’écume marine crée un éventail et encadre le bateau à repos, la quille au vent, même comme s’ imagine M. Toneau qui est assis, les mains croisées et plongé dans un mysticisme religieux, dans l’attente de la fin du soir.